Grandes manoeuvres autour de la voiture autonome au CES

(Paris, le 29 janvier 2018)

Les geeks ont beau citer Apple et Google en évoquant la fin prochaine de l’industrie automobile, ou encore Uber, aucun de ces trois acteurs n’a fait l’actualité du dernier CES de Las Vegas dans l’automatisation de la conduite. En revanche, la start-up d’un des plus célèbres transfuges de Google, Chris Urmson, y a décroché deux beaux contrats. Aurora va en effet collaborer avec Hyundai et Volkswagen pour intégrer son savoir-faire en matière de logiciels et d’intelligence artificielle et contribuer ainsi à lancer à grande échelle des véhicules autonomes. L’objectif est en effet d’arriver à des véhicules de niveau 4 à l’horizon 2021.

Cet accord n’a d’ailleurs rien d’exclusif, puisque le même Volkswagen a réaffirmé ses liens avec Nvidia, un partenaire incontournable dans l’AI. Le spécialiste des processeurs graphiques va déployer sa technologie à bord de la future gamme ID de modèles électrifiés et autonomes de VW. Elle se basera notamment sur la reconnaissance faciale et le suivi du regard pour analyser le comportement du conducteur. Nvidia a déjà séduit plusieurs constructeurs et équipementiers. Il fournit par exemple l’intelligence artificielle au système de conduite autonome de l’équipementier ZF, qui s’est fait remarquer au CES, avec un véhicule de niveau 4 sur base d’Opel Astra, et surtout la navette autonome de Rinspeed.

Amazon fait bien partie des GAFA. Mais, sa présence se limite à celle d’un assistant vocal, avec la fameuse technologie Alexa. La firme dirigée par Jeff Bezos concurrence sur ce terrain Google Assistant et dans une moindre mesure Microsoft avec Cortana.

Quant aux nouveaux entrants, en l’absence de Faraday Future, qui est proche de la sortie de route, la surprise est venue du chinois Byton (Bytes on wheels) avec un SUV électrique, gavé de technologies numériques (dont un tableau de bord géant) et autonome de niveau 4.

Les constructeurs classiques sont dans le coup. Toyota a présenté un prototype de niveau 4 sur la base d’une Lexus LS600h. Ce véhicule embarquait la dernière plateforme développée par le TRI (Toyota Research Institute) aux Etats-Unis. Nissan a fait aussi forte impression avec son système de casque connecté permettant de «lire » dans le cerveau du conducteur et de devancer ses désirs, en actionnant par exemple la conduite autonome en cas de stress.

Les équipementiers de l’automobile étaient également très présents au CES. Bosch est par exemple très en pointe dans le véhicule connecté et autonome. Delphi, qui a créé une division à part dans le véhicule autonome (Aptiv), a fait le show en équipant une voiture de Lyft (concurrent d’Uber), qui a réalisé 400 trajets en mode autonome pendant le CES. Mais, il faut compter aussi avec Valeo, qui a mis en évidence sa technologie à bord du nouveau taxi autonome de Navya. Le groupe français est à la fois un partenaire technique et un actionnaire. Pour sa part, Faurecia était présent pour la première fois et en a profité pour dévoiler le cockpit du futur, forcément connecté mais aussi évolutif, pour protéger au mieux les occupants quand ils glissent à l’avant, de la position assise à la position couchée. Il faut par ailleurs compter avec de nouveaux talents français. Le CES a accueilli bien plus de PME et de start-up cette année, à l’image de Nexyad et Intempora, mais aussi ISFM, qui a dévoilé une navette autonome à 6 places qui s’appelle la Milla, et réalisée en partenariat avec Faar Industry.

A l’occasion du CES, on a appris d’ailleurs que la France avait mis au point un service de localisation au centimètre près pour le véhicule autonome. Une première mondiale. Ce tout nouveau service de positionnement centimétrique est le fruit d’une alliance entre GÉOFLEX, VEDECOM Tech, YoGoKo et SYSNAV, avec le soutien du Groupe Renault et du Groupe PSA. Il est dédié au monde automobile au sens large (voitures particulière, véhicules industriels, camion, bus, navettes, ...) avec pour objectifs d’apporter une très grande précision pour l’utilisation d’aides à la conduite et pour la localisation des véhicules autonomes. Cette solution en rupture repose sur des technologies de correction au sol des signaux envoyés par les satellites de navigation, développées à l’origine par le CNES (Centre National d’Etudes Spatiales) et permettant de se positionner partout dans le monde avec un seul récepteur et avec une précision n’excédant pas la taille d’une pièce de 2 Euros.

Au salon de Detroit, il y a eu aussi quelques véhicules autonomes. On peut citer par exemple le concept LF1-Limitless de Lexus, ou encore le X Motion de Nissan avec l’intelligence artificielle matérialisée sous la forme de carpes koï qui viennent s’afficher sur les écrans de bord. Mais le concept le plus spectaculaire était le Cruise AV : un véhicule autonome sans volant, ni pédales. General Motors a déposé une requête auprès du Département des transports des États-Unis avec l'objectif de pouvoir tester en 2019 ce type de véhicule, équipé de 5 LiDAR, 16 caméras et 21 radars. Ces capteurs et ces caméras surveillent l'environnement du véhicule à courte et longue portée, avec une vue à 360°.