Le carburant synthétique au secours du moteur thermique?

(Paris, le 10 septembre 2018)

Alors que le Diesel continue de perdre des parts de marché, et que les pouvoirs publics veulent pousser la mobilité électrique, l’industrie automobile pense pouvoir améliorer encore le moteur thermique. L’une de ces solutions est le carburant synthétique d’origine biologique.

Malgré des annonces fracassantes sur la mobilité électrique, une partie de l’industrie automobile continue de croire que la partie n’est pas jouée concernant le moteur thermique. Les ingénieurs ont encore des atouts dans leur manche, avec diverses solutions comme la précision de l’injection, la récupération de la chaleur à l’échappement et même l’intelligence artificielle. Tout est bon pour réduire la part du CO2. Et puis, il y a une piste récurrente : celle du carburant synthétique. Depuis des années, ce sujet passionne notamment les constructeurs allemands. Volkswagen s’est longtemps investi dans le Sunfuel : un carburant obtenu par gazéification de la biomasse.

Aujourd’hui, c’est sa filiale Audi qui a repris le flambeau. Après avoir travaillé sur des e-fuels (essence et Diesel) neutres en CO2, la marque aux anneaux s’est rapprochée du français Global Bionénergies. Celle-ci a développé un procédé de fermentation permettant d’extraire les sucres emprisonnés dans les parties non-alimentaires des végétaux et de les transformer en isobutène, une molécule permettant de produire ensuite un carburant synthétique. Après une première phase d’essais techniques sur de l’essence renouvelable (avec intégration d’isobutène à plus de 30 % sans modifier le moteur), dans l’hexagone sur le circuit de Montlhéry, le constructeur allemand et son partenaire français vont poursuivre leur coopération. L’objectif est de convertir des matières premières non alimentaires telles que la paille de blé et les copeaux de bois en essence renouvelable, afin de réduire les émissions de CO2 et les particules. L’accord comprend également le déploiement commercial de ce mélange auprès d’autres industriels. Des tests moteurs seront effectués sur les voitures d’Audi.

Toujours chez les allemands, Bosch est aussi un fervent partisan des carburants synthétiques. L’équipementier a d’ailleurs développé un carburant neutre en CO2, destiné aussi bien aux voitures essence que Diesel, et qui permettrait une réduction de quelque 2,8 gigatonnes de CO2 d’ici 2050. Au-delà des gains environnementaux, Bosch soutient également qu’une voiture fonctionnant au carburant synthétique peut aussi être rentable économiquement. Le coût total serait d’ailleurs inférieur à celui d’une voiture électrique. L’un des arguments-clé est que le réseau actuel de stations-services pourrait être utilisé pour distribuer ce type de carburants. L’automobiliste pourrait continuer à utiliser un moteur à combustion, tout en polluant moins.

La dernière annonce en date concerne Mazda. En partenariat avec Saudi Aramco et l’AIST (ministère des technologies avancées du Japon), le constructeur nippon va travailler sur un carburant à faible carbone. Estimant que 84 % des véhicules auront encore un moteur thermique en 2035, Mazda souhaite aller plus loin que la réduction des émissions polluantes et avoir une approche globale du puits à la roue. Le projet est en ligne avec la vision Zoom Zoom 2030 de Mazda concernant la préservation de l’environnement.