PSA : oui à l’électrique, mais….

(Paris, le 18 mars 2019)

Au salon de Genève, le PDG de PSA, par ailleurs le n°1 de l’Association européenne des constructeurs automobiles - n’a pas manqué de critiquer la pensée unique de l’Europe sur l’électrification.

Juste avant le salon, Carlos Tavares s’était déjà épanché dans les colonnes du Figaro. Mais, à l’occasion d’un échange avec la presse à Genève, le patron du constructeur français a précisé sa pensée. Sans « remettre en cause ce qui a été décidé » (la réduction de près de 40 % des émissions de CO2 en 2030), il pointe du doigt la complexité d’un sujet qui implique à la fois l’énergie, la production des batteries et leur recyclage, ainsi que le réseau de chargement. Or, pour le PDG de PSA, les dirigeants de l’Europe résument ces aspects au seul secteur automobile. « C’est une grave erreur et une vision limitée du sujet », estime-t-il.

Pour mieux appuyer sa démonstration, M. Tavares a fait remarquer que les voitures étaient déjà là. Il a ainsi cité l’exemple de la e-208 (qui sera lancée en même temps que la nouvelle 208) et celui de la DS3 Crossback e-Tense (dont les commandes ont été ouvertes au début du salon, même si la marque n’exposait pas cette année). Il a également évoqué les hybrides rechargeables (Peugeot 3008 et 508, DS7 Crossback e-Tense). Le dirigeant de PSA a ensuite mis en parallèle les faibles volumes de ce « marché balbutiant ». Selon lui, le client est « sage » et veut avoir une vision claire (« à 360 degrés ») de ce que sera le contexte, avec le prix de l’énergie, le soutien des ONG sur le bilan du puits à la roue de l’électrique en intégrant tous les paramètres, l’effort de déploiement pour un réseau dense de stations de recharge et l’aspect pratique au quotidien. Pour le patron du groupe, « les consommateurs sont habitués à des situations qui se retournent vite et attendent ».

Carlos Tavares estime qu’il faudrait piloter le dossier de la transition énergétique « comme un projet d’entreprise ». Sinon, « cela risque de partir en vrille et de provoquer beaucoup de retards ».

Autre limite pointée du doigt par ce grand patron : « plus on prend de temps pour mettre en place l’électrification et plus on risque de voir une autre technologie arriver et la percuter latéralement ». « Ce qui serait dommage, poursuit M. Tavares,  ce serait d’avoir dépensé des fortunes pour investir les produits et les réseaux, et qu’on vienne à s’apercevoir dans  5 ou 7 ans qu’une autre technologie soit plus mature ». « Nous avons vécu cela avec le Diesel pendant 20 ans, il ne faudrait pas qu’on le revive avec l’électrique », a-t-il martelé à Genève.

Par ailleurs, le PDG de PSA estime que la dimension économique du véhicule électrique n’a pas du tout été abordée. « La mobilité propre, c’est comme la nourriture bio, c’est plus cher », commente-t-il. « Est-ce que les citoyens vont accepter cela ? C’est toute la question », poursuit M. Tavares. L’industriel pense que le prix de la batterie est la clé. Or, « quand on tue le Diesel et qu’on force la vitesse à laquelle on doit passer à l’électrification, on envoie tout le monde acheter des batteries en Asie, où on nous voit arriver avec un grand sourire et des prix qui vont augmenter », explique-t-il. Au total, le véhicule électrique va coûter plus cher pour les Européens.

En ce qui concerne le plan sur les batteries, Carlos Tavares se montre tout aussi mesuré. « Nous attendons que les gouvernements français et allemand reviennent de Bruxelles avec un accord de la Commission, qui autorise ces investissements (1,7 milliard d’euros au total) ». « Tant que Bruxelles n’aura pas validé que c’est un dossier stratégique, cela reste des initiatives que nous soutenons mais seulement au stade de la communication », conclut-il.